RÉSUMÉ ANALYTIQUEDÉMOGRAPHIE, POLITIQUES DEPOPULATION& DÉVELOPPEMENTHUMAIN AUMAROCDepuis la Conférence Mondiale sur la Population, tenue à Bucarest en 1974, qui a reconnu l'importance desinteractions qui existent entre la population et le développement, des efforts considérables ont étéaccomplis pour améliorer la compréhension de ces interrelations et parvenir à leur intégration dans laplanification du développement. Les recommandations de cette conférence et de celles tenues en 1984 àMexico et en 1994 au Caire ont insisté sur le fait que les politiques démographiques doivent faire partieintégrante des politiques globales de développement.1. Une prise de conscience précoce des questions relatives à la population Il y a plus d’une cinquantaine d’années, le Maroc était caractérisé par des niveaux élevés de mortalité etde fécondité. Les informations disponibles situaient le taux brut de mortalité à 25,7‰ entre 1950 et 19551puis à 18,7‰ en 19622. L’espérance de vie à la naissance ne dépassait guère les 43 ans. La mortalitéinfantile atteignait son niveau le plus élevé. Par ailleurs, le contexte socioculturel marocain était favorableà une forte fécondité. Les normes et coutumes partagées dans la société percevaient l’enfant,particulièrement de sexe masculin, comme une richesse et un investissement pour l’avenir de ses parents.Les femmes, dans leur majorité analphabètes, se mariaient à des âges précoces (à 17 ans en moyenne).Selon les estimations établies, plus de 50% de la population vivait en état de pauvreté3, l’indice dedéveloppement humain était de l’ordre de 0,198, la proportion des femmes qui utilisaient les moyenscontraceptifs ne dépassait guère les 8%. Les représentations culturelles restreignaient le rôle de la femmeaux activités reproductives et à l’éducation des enfants. L’exercice d’une activité économique en dehors dufoyer était réservé à une minorité de femmes. En prenant conscience de l’importance de la variable démographique dans le développement économique etsocial, le Maroc a mené au cours des quarante dernières années, des politiques de population en vued’améliorer le bien-être de ses citoyens. Au début des années 1960, les planificateurs avaient déjà attirél'attention des décideurs sur les relations à moyen et à long terme entre croissance démographique etdéveloppement socio-économique. Par la suite, cette prise de conscience des problèmes démographiques aété marquée par trois événements historiques: le Mémorandum Royal rendu public soumettant aux partispolitiques et aux organisations nationales un Programme d'action visant à mettre en pratique le contrôle desnaissances, la signature par feu Sa Majesté le Roi Hassan II, en 1966, de la déclaration des chefs d'Etat surla population et la création, la même année, de la Commission Supérieure et des Commissions Locales de laPopulation. Des décisions cruciales ont été prises permettant ainsi l’adoption d’un programme de planificationfamiliale en abrogeant la loi interdisant la propagande anticonceptionnelle (Décret de juillet 1967).1United Nations (2001) World Population Prospects The 2000 Revision vol n°1.2Selon l’Enquête à Objectifs Multiples (E.O.M) réalisée en 1961-1963 par le Service Central de la Statistique.3L’enquête sur la consommation réalisée en 1959/1960 a permis d’estimer le taux de pauvreté relative à 55%, le taux de pauvretéabsolue à 44,2 % et le taux de pauvreté alimentaire à 22 %. -------------------------------------------------------------------------------- Page 10 En outre, les différents Plans de Développement Economique et Social adoptés au Maroc au cours desquatre dernières décennies n'ont pas manqué de soulever la question de la croissance démographique et deson impact sur le développement économique et social du pays. Le plan 1965-67 plaide plus directement enfaveur d’une politique de population à même de réduire la croissance démographique du pays, dont lesrythmes risqueraient de compromettre la croissance économique. Le plan de développement 1968-72intègre un programme de planification familiale dont les objectifs étaient de fournir des informations et desservices contraceptifs à toute la population. Le plan s’était fixé également comme objectif, la réduction dutaux brut de natalité de 50‰ à 45‰. Le Plan 1973-77 prévoyait la réduction du taux brut de natalité de 45‰à 43‰. D’autres mesures indirectes mais particulièrement efficaces figuraient dans les différents plans quiont suivi. Il s’agit principalement des programmes à vocation sociale et économique. L’accent est misparticulièrement sur les questions de développement humain, notamment sur des variables comme lascolarisation, notamment des filles, et l’encouragement du travail de la femme. Ces efforts se reflètentautant par les progrès accomplis dans ce domaine que par l’importance des dépenses et des transfertssociaux dans le budget de l'État. Si les années 80 ont été marquées par la mise en œuvre du Programme d’Ajustement Structurel (P.A.S.) etses impacts nécessairement négatifs, à court terme, sur le plan social, les années 90 et le début des années2000 ont été marquées par plusieurs réformes visant à mieux préparer l’économie marocaine à lamondialisation, accordant plus d’intérêt aux questions sociales. Cependant, les progrès accomplis dans cedomaine demeurent encore insuffisants du fait que la demande dépasse largement les réalisations et lespossibilités financières. 2. La transition démographique est bien amorcée au MarocPartant de ces actions politiques et parallèlement aux évolutions économiques et sociales qui ont marquéle Maroc durant les quarante dernières années, la transition démographique a été largement amorcée. Labaisse de la mortalité s’est opérée depuis le début des années 1960, avec un gain en espérance de vie deplus de vingt ans (47 ans en 1962 versus 71 ans en 2004). La mortalité infantile a beaucoup baissé, passant d’environ 150‰ au début des années 1960 à 47,9‰ en2004. Ces progrès sont le reflet des campagnes de vaccination menées par le royaume, ciblantparticulièrement la lutte contre les maladies qui touchent les enfants en bas âge, et résultent également del’amélioration de la couverture sanitaire d’une manière générale.En effet, le nombre d’habitants par médecin s’est nettement amélioré passant de 12 120 habitants parmédecin en 1967 à 1903 habitants par médecin en 2003. En même temps, le nombre d’habitants par lit aaugmenté de 638 à 921 entre 1960 et 2003. Cette évolution est due aussi au développement de l’étatnutritionnel et de l’accès à l’eau potable et surtout aux programmes de vaccination visant l’élimination denombreuses maladies cibles.Cependant, le Maroc continue d'accuser des retards dans ce domaine, notamment concernant la survie del’enfant qui reste encore précaire par rapport aux pays de niveau de développement comparable. Concernantla santé maternelle et la maternité à moindre risque, le taux de mortalité maternelle est de 227 décès pour100 000 naissances lors de la période 2003-04. Ce taux est encore plus élevé en milieu rural qu’en milieu10 -------------------------------------------------------------------------------- Page 11 11urbain en raison des carences en soins prénataux et à la faible proportion des accouchements en milieusurveillé. A cela s’ajoute l’insuffisance de la capacité hospitalière qui n’a pas augmenté au même rythmeque celui de la population. Quant à la couverture médicale, elle reste insuffisante, puisque la population couverte actuellement parl’assurance maladie n’est que de 15%. Les personnes économiquement faibles sont exclues de ce système.Seul 45% des malades pauvres consulte le système public de santé, contre 77% pour les malades aisés.Ces proportions sont respectivement de 60% et 80% en milieu urbain et de 40% et 74% en milieu rural.S’agissant de la fécondité, qui est la deuxième composante de la dynamique démographique, son niveau quiculminait au début des années soixante avec 7 enfants par femme, a très vite commencé à baisserenregistrant un niveau nettement moins élevé lors du recensement de la population de 1982 (5,52 enfantspar femme). Cette tendance à la baisse s'est accélérée au point qu’actuellement, les femmes marocainesne mettent pas plus de 2,5 enfants au monde au cours de toute leur vie féconde. La diminution de l'indicesynthétique de fécondité est, bien entendu, la résultante de l'élévation de l'âge au mariage des femmes(de 17,5 ans en 1960 à 27,1 ans en 1998) et des hommes (de 24,4 ans en 1960 ans à 31,6 ans en 1998),de l'intensification des pratiques contraceptives (le taux de prévalence contraceptive a enregistré unehausse de 19,4% à 63,0% entre 1980 et 2004) et de leur efficacité accrue. Le programme national deplanification familiale, qui a connu un renforcement continu, au fil des années, a certainement joué un rôlecrucial à cet égard.Ces changements en termes de comportements procréateurs et matrimoniaux sont au centre des mutationssubies par l’institution familiale. Actuellement, ses modes de vie, ses rôles et ses structures sontsensiblement différents de ce qu’ils étaient, il y a plus d’une quarantaine d’années. Amorcées par leschangements introduits par la colonisation, ces transformations se sont poursuivies sous l’effet del’urbanisation, la communication, la scolarisation, particulièrement celle des filles, l’entrée progressive desfemmes dans le marché du travail, etc. C’est ainsi que l’on assiste, de plus en plus, au Maroc à lanucléarisation des familles. Le rapport entre parents et enfants est en train de se modifier. Le systèmeéconomique traditionnel de la famille, basé sur l’indivision et l’autosubsistance se désagrège et la fonctionde production dépasse le cadre familial, surtout en milieu urbain. Sur le plan culturel, le modèle familialhiérarchisé et patriarcal, élargi et autoritaire, n’est plus la référence unique. Le code de la famille,récemment promulgué, est appelé à jouer un rôle régulateur pour agencer les avancées sociétales,parfaitement illustrées par les dynamiques familiales.Ce code intègre des innovations de nature à promouvoir le statut de la femme en en faisant désormaisl’égale de l'homme en termes de droits et d’obligations. Il permet aussi de consolider la protection del'enfant et de préserver la dignité de 1'homme. De même, l’institution d’un quota minimum de 30 femmes àla chambre des Représentants, lors des élections de septembre 2002, a permis l’implication croissante dela femme dans la sphère politique. D’autres mesures ont concerné le domaine de la lutte contre la violenceà l’égard des femmes et l’amélioration de leur statut économique. -------------------------------------------------------------------------------- Page 12 3. Les perspectives démographiques et leurs répercussions économiques et socialesL’ensemble des changements démographiques vus précédemment a contribué à atténuer la contraintedémographique et influencé le comportement démographique des individus, devenus plus enclins às’adapter aux conditions économiques et sociales du pays. Si la politique de planification familiale, lancéedepuis les années 1960, a déjà donné des fruits, le développement accéléré des conditions favorisant laréduction de la fécondité, continue d’être observé dans notre société aujourd’hui encore. On peut citer,notamment, la progression de l’urbanisation, l’expansion de la scolarisation, particulièrement chez la fille,l’entrée progressive de la femme dans le circuit économique, les problèmes de logement, le chômage desjeunes, la réduction de la mortalité infantile, et la valorisation de l’image de la famille de taille réduite.Tous ces facteurs laissent présager la poursuite de la baisse de la fécondité et donc de la croissancedémographique dans l’avenir. Cette réduction de la pression exercée par la variable démographique nemanquera pas d’influencer les différentes composantes du développement humain et particulièrement chezles jeunes générations. Ainsi, le calcul de l’écart entre la population projetée en 2000, en utilisant les conditions démographiquesdes années 1960 et 1970 et la population estimée, pour la même année, en prenant en considération lesdifférents changements démographiques vécus par le Royaume durant les quatre dernières décennies, apermis de constater que ces changements ont permis au Maroc de réduire sa population d’environ 3 millionsd’habitants en 2000. Ce gain, en terme de réduction de l’effectif global de la population, dû particulièrementà la maîtrise de la variable fécondité, a profité davantage à la population âgée de moins de 15 ans, puisquecelle-ci représente 80% de cet effectif global. Ces données montrent que la maîtrise de la variabledémographique semble profiter et profitera davantage au secteur de l’enseignement de base, maiségalement à celui de la santé et particulièrement pour les populations en bas âge. Par ailleurs, cette maîtrise de la variable démographique aura des conséquences sur le tauxd’accroissement de la population et sa structure par âge. En effet, le rythme de la dynamiquedémographique est moins fort aujourd’hui que par le passé. En effet, la population marocaine qui était de11,6 millions d’habitants en 1960 est passée à 29,9 millions en 2004 soit une multiplication par près de 2,6en l’espace de 44 ans. Elle atteindrait 39,2 millions en 2025, 45 millions en 2050 et 45,4 millions en 2060,soit une multiplication par 1,5 « seulement » en 57 ans. En terme de rythme d’accroissement de la population marocaine, la vitesse du croît démographique naturelsera modérée d’ici l’an 2040, car la baisse du taux brut de natalité sera compensée par celle du taux brutde mortalité. Il faudrait attendre la fin de la première moitié du 21ème siècle pour que la valeur du tauxd’accroissement naturel (TAN) atteigne les niveaux qui caractérisent actuellement les pays d'EuropeOccidentale ou d'Amérique du Nord (égal ou inférieur à 5‰: en 1994, le TAN en Espagne est de 6‰, en Italiede -2‰, au Portugal de 10‰, en Allemagne de -15‰, en Grèce de 5‰º). A partir de cette date et en raisonde l’augmentation du taux brut de mortalité qui fait suite au vieillissement relatif de la population,l’accroissement naturel tendrait à diminuer de plus en plus, jusqu’à devenir pratiquement négligeable. Onestime que le Maroc atteindrait sa population stationnaire, estimée à 45 millions d’habitants, vers l’an 2050.La population urbaine qui n'excédait pas 3,4 millions en 1960 a déjà quintuplé en 44 ans, atteignant près de12 -------------------------------------------------------------------------------- Page 13 1316,5 millions selon le Recensement de 2004. Le taux d’urbanisation est passé de 29 % à 55,1 % pendant lamême période. Bien qu’on assiste à une multiplication des petites et moyennes villes durant les quarantedernières années, l’espace urbain marocain demeure dominé par les grandes villes (plus de 100 000habitants) en abritant près de 67 % de la population urbaine marocaine. C’est ainsi que suite au mouvementnaturel, au mouvement migratoire ainsi qu’au re-classification de nombreuses localités du rural dansl’urbain, la population urbaine ne cessera pas d’augmenter. Elle franchirait le cap de 26 millions dès 2024pour atteindre 32,5 millions vers 2060. Globalement, durant le siècle allant de 1960 à 2060, la populationurbaine du Maroc serait donc multipliée par 10. Le taux d’urbanisation qui était de 29,2% en 1960s’établirait alors à 71,6% selon ces projections.La population rurale, quant à elle, connaîtrait des cycles d’augmentation et de réduction de ses effectifs:une croissance de 1994 à 2001, une décroissance entre 2002 et 2024, avant d’entamer une évolutiondémographique positive jusqu’en 2060. Entre 1960 et 2060, son effectif passerait de 8,2 millions d'habitantsà près de 13 millions. Par rapport à la population totale, cela représente une baisse de 70,8% à 28,4%. Ilfaut toutefois souligner que cette évolution démographique est intimement liée à celle de l’exode rural quiest un phénomène difficilement prévisible, au reclassement des centres ruraux en centres urbains et auxniveaux futurs de la fécondité plutôt qu’à ceux de la mortalité. S’agissant de la structure par âge de la population, elle continuera de subir des modifications importantes.Les moins de 15 ans seront en baisse mais continueront à constituer un défi pour l’amélioration tantquantitative que qualitative de l’enseignement. En effet, sous l’effet de la baisse de la fécondité, lapopulation à scolariser dans le primaire (6-11 ans) est entrée en phase de décroissance au niveau national.L’effectif de cette population diminuerait et tendrait à se stabiliser à 3,5 millions et ce, jusqu’à 2014. Ainsi,la généralisation de la scolarisation est tout à fait possible à court terme puisque le taux de scolarisation desenfants de 6-11 ans était estimé à 92% en 2002-03. Cette amélioration a été plus sensible en milieu rural etnotamment pour les filles, dont le taux de scolarisation a atteint 82,2% à la même date. En revanche, l’undes défis auxquels le Maroc doit continuer à faire face, porte sur la qualité de l’enseignement. Par ailleurs, l’un des objectifs fixés par la Charte Nationale d’Education et de Formation est de réduire letaux d’analphabétisme à moins de 20 %, à l'horizon de 2010, pour parvenir à son éradication quasi totale àl'horizon 2015. Cependant, au rythme actuel d’alphabétisation, cet objectif ne sera pas réalisé dans lamesure où ce taux est passé de 55 % en 1994 à 48,3 % en 1999 et 45 % en 2001. En effet, on estime à10,5 millions l’effectif de la population à alphabétiser entre 2000 et 2015, soit près de 656 000 personnesen moyenne par an. Or, la moyenne des réalisations durant les années 1990 n’a pas dépassé annuellement200 000 bénéficiaires. L’effectif le plus élevé a été atteint lors de la campagne 2000, au cours de laquelle390 000 personnes ont été alphabétisées. L’objectif d’éradication de l’analphabétisme en 2015, qui constitue l’un des défis des objectifs du Millénairepour le Développement auxquels le Maroc a souscrit, nécessite donc une stratégie plus volontariste quimobilise tous les acteurs de la société marocaine. -------------------------------------------------------------------------------- Page 14 Un autre domaine touché par les mutations démographiques est celui de l’emploi, du fait de l’arrivée en âged’activité de générations de plus en plus nombreuses et des charges sociales accrues liées au vieillissementde la population. Il est vrai que les personnes âgées de 15-59 ans constituent une force de travail et unmoteur du changement économique et social nécessaire au développement de la société. Il n’en demeurepas moins vrai que ces cohortes exercent une forte pression sur le marché du travail, appelé à absorber deseffectifs croissants de demandeurs d’emploi. Estimée à quelque 19 millions de personnes, cette tranche depopulation augmentera sensiblement durant les 35 années à venir pour atteindre 26,5 millions de personnesen 2040. A partir de cette date, son effectif connaîtrait une légère diminution pour se situer à 25 millions en2064. Une comparaison entre les effectifs de jeunes qui s’apprêtent à entrer en activité et ceux qui en sortent,montre que l’effectif additionnel de la population en âge d’activité culminera en 2005 avec 460 000 personnes.Malgré une baisse prévisible de ce chiffre, le marché du travail connaîtra encore une pression soutenue aucours des dix prochaines années, avec une demande d’emploi additionnelle de 380 000 personnes par an,d’autant plus que les progrès en matière de scolarisation et de lutte contre l’analphabétisme ne manquerontpas d’induire des changements qualitatifs importants chez les demandeurs d’emplois.Outre le problème de l’emploi, l’autre défi qu’affrontera le Maroc est l’accroissement significatif de latranche des plus de 60 ans. Cette catégorie de la population constituera une lourde charge pour les systèmesde retraite. Cette évolution aura des implications plus perceptibles à partir de 2020. La part des 60 ansdépasserait ainsi 11% de la population totale. Elle atteindrait 13,3% en 2025, 20% en 2040 et 27% en 2060.Les effectifs correspondants passeraient de moins d'un demi-million en 1960 à près de 9,5 millions en 2060.Deux périodes sont toutefois à distinguer dans le processus du vieillissement démographique de lapopulation marocaine. La première, qui s'étendrait de 1960 à 2014, est caractérisée par une augmentationsoutenue de la population de 60 ans et plus, mais à un rythme relativement modéré de 2,8% par an. Laseconde irait de 2014 à 2060, avec une accélération du rythme de vieillissement, qui atteindrait en moyenne3,4% par an.Le vieillissement de la population ne manquera de peser sur les personnes actives, en raison del’accroissement des charges sociales, et d’entraîner un changement du profil des maladies, ce qui nécessiteun système efficace de protection sociale et médicale généralisée à toutes les couches de la société etparticulièrement les personnes âgées.En guise de conclusionAu cours des quatre dernières décennies, des changements importants ont été enregistrés par les différentsparamètres démographiques au Maroc. Ainsi, avec la baisse sensible de la mortalité et de la fécondité, lepays est entré définitivement dans sa deuxième phase de transition démographique et atteindrait sapopulation stationnaire, estimée à 45 millions d’habitants vers l’an 2050. A long terme, ces mutations, qui ont affecté la structure par âge de la population, imprimeront desinflexions notables à la courbe démographique du pays, induisant des défis majeurs à relever dans le futur.En effet, les moins de 15 ans, bien qu’ils soient en baisse continue, pèseront encore sur le systèmed’éducation et de formation, non seulement en termes quantitatifs, mais surtout en matière d’amélioration14 -------------------------------------------------------------------------------- Page 15 15des performances de ce système. La tranche d’âge des 15-59 ans représente, certes, un potentiel importantpour la croissance de l’économie nationale, mais à condition que des stratégies et des politiquesappropriées soient mises en oeuvre en matière de formation des ressources humaines, d’investissement etde créations d’emplois. Quant à la population âgée de plus de 60 ans, ses effectifs continueront d’augmenter et représenteront desproportions de plus en plus importantes de la population marocaine, en raison de l’allongement de la duréede vie et de la baisse continue de la fécondité. Le processus de vieillissement de la population risque, sides mesures préventives ne sont pas prises, de menacer la viabilité financière des systèmes de retraite etde protection sociale de la population.Enfin, l’urbanisation connaîtra une accélération notable et exigera une politique judicieuse d’aménagementdu territoire susceptible d’assurer une répartition spatiale équilibrée de la population et des activitéséconomiques. -------------------------------------------------------------------------------- Page 16 -------------------------------------------------------------------------------- Page 17 17LA DÉMOGRAPHIE MAROCAINE : TENDANCES PASSÉES ET PERSPECTIVES D’AVENIRIntroductionIl y a plus d’une cinquantaine d’années, le Maroc était caractérisé par des niveaux élevés de mortalité etde fécondité. Cependant, depuis son indépendance et comme en témoignent plusieurs études, notre paysne cesse de connaître des changements démographiques considérables. Ces études ont bel et biendémontré que le Maroc est entré définitivement dans sa deuxième phase de transition démographique. Eneffet, et grâce à une amélioration de la couverture sanitaire et surtout à des programmes de vaccination, lamortalité marocaine a fortement diminué notamment chez les enfants. De son côté, le comportementprocréateur des femmes qui était, autrefois, favorable à une forte fécondité est aujourd’hui en phase dechangement continu en faveur d’un comportement caractérisé par une fécondité de plus en plus réduite.Parallèlement à cette évolution, l’institution familiale au Maroc a subi d’importantes mutationsdémographiques et socio-économiques qui ont profondément affecté ses modes de vie, ses rôles et sesstructures. Ces changements sont la conséquence de l’interface de plusieurs facteurs dont notammentl’urbanisation croissante, la scolarisation -particulièrement des filles- et la participation soutenue de lafemme à la vie active. En utilisant les données provenant des enquêtes auprès des ménages et des recensements généraux de lapopulation et de l’habitat, cette étude se propose d’analyser les divers changements ayant affecté ladémographie marocaine durant les cinquante dernières années. Elle traite également, dans une vision deperspective, de l’impact de ces changements sur les domaines économiques et sociaux et particulièrementsur les aspects relatifs au vieillissement démographique dans les années à venir. C’est ainsi que l’étude s’articule autour de cinq points. Le premier étudiera l’évolution de la populationmarocaine durant la deuxième moitié du siècle dernier. Le deuxième point mettra en évidence les différentschangements des deux phénomènes démographiques, mortalité et fécondité, fortement impliqués dans ladétermination de la croissance démographique du pays. Les tendances passées et récentes des deuxphénomènes de même que les facteurs qui sont à l’origine de leur changement sont, entre autres, leséléments traités dans ce point. Le troisième point traitera des mutations ayant touché l’institution familialeau Maroc durant les quatre dernières décennies. L’affaiblissement du modèle culturel traditionnel,l’évolution du rapport entre parents et enfants, la nucléarisation des familles sont les sujets abordés par cetaxe. Vu l’importance de l’urbanisation dans les changements des comportements des individus, le quatrièmepoint sera consacré à ce phénomène et à sa place dans la migration interne au Maroc. Enfin un cinquièmepoint s’intéressera aux perspectives démographiques et à leurs implications ; il sera question d’analyser lesaspects relatifs à l’évolution démographique future et à ses impacts. Le vieillissement démographique et sesimplications, l’éducation, l’emploi, la santé et l’habitat figurent parmi les aspects traités dans ce point. -------------------------------------------------------------------------------- Page 18 181. L'évolution de la population du MarocPar le passé, la démographie marocaine pré-coloniale était soumise à un régime démographique ancienquasi-naturel, caractérisé par un croît naturel très faible, voire presque nul. Cette situation était due àl’équilibre entre la mortalité et la natalité, situées toutes deux à des niveaux très élevés. L’accroissementde la population connaissait, cependant, des oscillations dues à la fréquence des crises démographiques,liées tantôt à un phénomène naturel (sécheresse, épidémies…) tantôt à un facteur politique, comme lesguerres et les invasions étrangères. Ce n’est qu’à partir du vingtième siècle que l’accroissement de lapopulation est devenu significatif, une fois que les surmortalités causées par les divers désordres sociaux,les famines et les épidémies ont été jugulées. A ceci, il faut adjoindre les améliorations importantes desconditions de vie, combinées avec l’accroissement très sensible des connaissances médicales et ledéveloppement des mesures préventives et curatives. Selon R. Escalier, (1984)4, la population marocaine a été estimée à près de 5 millions d’habitants en 1900et à près de 9 millions d’habitants en 1952, soit 4 millions de plus pendant une cinquantaine d’années. Maisau cours de la deuxième moitié du 20èmesiècle, il a fallu environ 10 ans seulement pour que la populationmarocaine augmente, d’un recensement à l’autre, d’environ 4 millions d’habitants. C’est ainsi que le volumede la population du Maroc est passé de 11,6 millions d’habitants en 1960 à 26 millions en 1994. Selon ledernier recensement général de la population et de l’habitat réalisé en 2004, cette population est de 29,9millions d’habitants (tableau 1, figure 1). Tableau 1. Evolution de la population marocaine et de son taux d’accroissement entre 1900 à 2004Effectif de la populationEvolution du taux d’accroissement de la populationAnnéeEn milliersPériodeTaux (%)d'accroissement19005000*--19125400*1900-19120,619367040*1912-19361,1195289531936-19521,51960116261952-19603,31971153791960-19712,61982204191971-19822,61994260191982-19942,062004298921994-20041,4Sources : (*) ESCALIER (1984)5et RGPH (2004)4R. Escalier (1984), Citadins et espace urbain au Maroc, Fascicule de recherche n°8, Tomes 1 et 2. -------------------------------------------------------------------------------- Page 19 19Figure 1. Evolution de la population du Maroc (1900-2004Source : RGPH (2004) et CERED (1997), situation et perspectives démographiques du Maroc, Rabat.Ceci étant, la population marocaine a connu une période de croissance assez rapide marquée par un tauxd’accroissement en hausse continue depuis le début du siècle. Ce taux est passé de 0,6% pendant lapériode 1900-1912 à 2,6% entre 1960 et 1971 et pendant la période 1971-1982 (Tableau 1 et Figure 2). Ilconnaîtra, par la suite, une légère réduction pendant la période 1982-1994 en se situant à environ 2,06 %.Cette légère réduction de la croissance démographique pendant cette période marque une nouvelle phasede l’histoire démographique marocaine. Le pays enregistre ainsi une rupture avec le régime démographiquetraditionnel caractérisé par des niveaux élevés en matière de mortalité et de fécondité. Cette rupture semanifestera davantage après 1994, période pendant laquelle la population marocaine augmenterait avec unrythme nettement bas par rapport au passé. Par milieu de résidence, la croissance démographique estbeaucoup plus rapide en ville qu’à la campagne. Le volume de la population urbaine est passé de 3,4millions d’habitants en 1960 à 13,4 millions en 1994. Elle est de l’ordre de 16,5 millions d’habitants en 2004.De son côté, la population rurale a été évaluée à 8,2 millions d’habitants en 1960 et presque à 10 millionsde personnes en 1971. Elle s’est accrue de 11,7 millions en 1982 à 12,7 millions de personnes en 1994. Elleest de 13,4 millions de personnes en 2004, soit un accroissement annuel moyen de 1,8% entre 1960 et 1971et de seulement 0,6 % entre 1994 et 2004.Périodes -------------------------------------------------------------------------------- Page 20 20Figure 2. Evolution du taux d'accroissement démographique au Maroc de 1900 à 2004Tableau 2. Evolution de l’effectif de la population du Maroc par milieu de résidence entre 1960 et 2004AnnéeMilieu urbainMilieu rural%EffectifsTAMA (%)EffectifsTAMA (%) de la populationurbaine19603389613-8236857-29,2197154019714,399772881,835,1198287303994,5116891561,442,71994134145603,6126590330,751,42004164636342,1134280740,655,1Sources : RGPH de 1960, 1971, 1982, 1994 et 2004.Conséquence de la croissance démographique assez rapide dans le passé, le profil démographique par âgede la population marocaine se caractérise aujourd’hui par son extrême jeunesse. La part des enfants demoins de 15 ans représente 30 % de la population totale en 2003. Si cette jeunesse constitue, aujourd’hui,un potentiel humain considérable, utile pour le développement économique et social de notre pays, elleimpose également des besoins incontournables à satisfaire en matière d’éducation. La tranche d’âge 15-59ans révolus continue pour sa part à s’accroître à un rythme relativement important tant en milieu urbainqu’en milieu rural. En 2003, 62,2% de la population est âgée de 15-59 ans révolus (65,9% en milieu urbainet 57,2% dans le milieu rural). Quant à la population âgée de 60 ans ou plus, elle représentait en 1994, 7,1%de la population totale. En 2003, cette catégorie représenterait selon les estimations du CERED, 7,6% de lapopulation totale marocaine.Années -------------------------------------------------------------------------------- Page 21 212. La transition de la mortalité et de la fécondité au Maroc :étapes et facteurs d’explicationAu lendemain de la deuxième guerre mondiale, les premiers signes de déclenchement de la transitiondémographique6au Maroc ont été détectés. Avec les progrès sanitaires, la mortalité a commencé à baisserdès les années cinquante et à creuser l’écart avec une fécondité encore élevée à cette époque. Cettesituation entraînera une croissance rapide de la population pendant cette période. Mais avec leschangements économiques et sociaux qu’a connu le Royaume et l’évolution progressive des mentalités, lafécondité a commencé de son côté à baisser. Aujourd’hui le Maroc se trouve dans sa deuxième phase detransition démographique. Ainsi dans cette section il sera question de traiter les différentes étapes del’évolution des deux phénomènes de la mortalité et de la fécondité durant les cinquante années passées,de même que les principaux facteurs ayant été à l’origine de cette évolution. 2.1. UNE MORTALITÉ EN RÉGRESSION CONTINUE DEPUIS LES ANNÉES 1950La mortalité constitue la composante négative de la dynamique démographique. Son niveau reflète le degrédes efforts consentis en matière d’infrastructures de santé, d’accès et de qualité des soins préventif etcuratif, d’assainissement, d’hygiène et de nutrition, etc. Il reflète également, le comportement des individusvis-à-vis des maladies, recours aux soins préventifs et curatifs, comportement particulièrement lié auxniveaux économique et social de la population. Il y a un peu plus d’une cinquantaine d’années, la mortalité au Maroc était très élevée. Les informationsdisponibles situaient le taux brut de mortalité à 25,7‰ entre 1950 et 19557et puis à 18,7‰ en 19628. Acette époque l’espérance de vie à la naissance ne dépassait guère les 43 ans. La mortalité infantileatteignait son niveau le plus élevé. Mais, il semble que le déclenchement de la première phase de latransition démographique caractérisée par la réduction de la mortalité se précise au Maroc, aux lendemainsde la Seconde Guerre Mondiale. Certes, depuis la fin de la famine qui a frappé le Maroc au cours de lapériode 1945-1946, des signes de baisse de la mortalité ont été détectés. Cette baisse a été déclenchéebien avant celle de la natalité. Celle-ci n’a vu le jour que pendant les années 1970 (nous y reviendrons). Cedécalage de déclenchement de la baisse des deux mouvements naturels de la population, la mortalité et lanatalité, confirme la théorie de la transition démographique qui stipule que le recul de la mortalité est unepremière condition préalable à la réduction de la natalité. Mais, malgré le déclenchement de la baisse dela mortalité à cette époque, les niveaux de ses principaux indicateurs étaient encore élevés et il fallaitattendre les années 1970, 1980 et 1990 pour enregistrer des gains significatifs en matière de survie de lapopulation marocaine. En effet, les années 1950 et début des années 1960 étaient caractérisés au Maroc,6La transition démographique est définie comme étant "le passage […] d’un régime traditionnel d’équilibre démographique àmortalité et fécondité fortes, à un régime moderne d’équilibre à mortalité et fécondité basses " définition tirée de J. C. Chainais,(1986), La transition démographique –Etapes, formes, implications économiques, PUF, Paris. 7United Nations (2001) World Population Prospects The 2000 Revision vol n°1.8Selon l’Enquête à Objectifs Multiples (E.O.M) réalisée en 1961-1963.Tyane, M. et Chekli, H, . La santé de l’enfant au Maroc. In CERED.1988 Population et Développement Au Maroc. P: 256. -------------------------------------------------------------------------------- Page 22 22sur le plan de la mortalité, par un taux brut de mortalité de l’ordre de 18 à 20 pour mille, une espérance devie à la naissance de 47 ans et une mortalité infantile de l’ordre 150 pour mille. Il est vrai qu’à cette époqueet plus précisément au début des années 1960, les infrastructures médicales étaient loin de répondre auxbesoins en matière de santé. Le système de santé publique hérité par le Maroc après son Indépendanceétait mal adapté à ses réalités socio-économiques. «Une médecine curative avait été développée audétriment d’une médecine de prévention, reléguée au second plan, alors que les maladies endémiques(paludisme, tuberculose, malnutrition, maladies hydriques…) étaient extrêmement répandues. Le nombrede médecins marocains ne dépassait guère la trentaine sur un total de 1099 médecins en exercice, vers19609» , soit environ 14 000 habitants par médecin. Figure 3 : Evolution du taux brut de mortalité (en pour mille) : ensemble du MarocFigure 4 : Evolution de l’espérance de vie à la naissance de 1962 à 2003par milieu de résidence9Projections du CERED. -------------------------------------------------------------------------------- Page 23 23Mais depuis, la situation s’est nettement améliorée. L’espérance de vie à la naissance est aujourd’hui del’ordre de 70,5 ans (72,7 ans pour les femmes contre 68,5 ans)10. Cet allongement de la vie moyenne de lapopulation s’est accompagné d’un gain considérable en matière de survie chez les enfants. En effet, lamortalité infantile et encore la mortalité juvénile ont sensiblement baissé à un rythme très rapide. En 35ans, le risque de mourir avant d’atteindre l’âge d’un an a été sensiblement réduit, passant de 149 décèspour mille naissances vivantes (100‰ dans le milieu urbain et 170‰ dans le milieu rural) en 1962 à 48 ‰en 2004. Pour leur part, la mortalité néonatale (moins d’un an) et celle dite post-natale (de 1 à 12 mois) ontégalement baissé, mais le risque de mortalité demeure relativement plus élevé chez les enfants âgés demoins d’un mois que ceux âgés de 1 à 12 mois.L’amélioration de l’infrastructure sanitaire, l’augmentation du personnel de santé, les campagnes d’hygièneet de vaccination des enfants en bas âge contre les maladies de l’enfance (tuberculose, diphtérie, tétanos,coqueluche, poliomyélite et rougeole), qui constituent le pilier de l’action entreprise en faveur de la santéde l’enfant, ont joué un rôle primordial dans cette baisse de la mortalité au Maroc. Cette amélioration deschances de survie et particulièrement celle des enfants est à lier également aux « succès des programmesde lutte contre les maladies diarrhéiques et la malnutrition, ainsi qu’à l’amélioration des recours aux soinset à la prise en charge des malades (diverses maladies infectieuses : septicémie, méningite, typhoïde,etc.)»11, sans oublier l’accroissement de l’approvisionnement des ménages en eau potable et en systèmed’évacuation des eaux usées12. Mais cette amélioration des conditions de vie n’a pas bénéficié à tous de façon égale. De fortes disparitésentre les milieux urbain et rural, entre les différentes régions du Royaume et entre les différentes classessociales caractérisent encore la mortalité au Maroc. En ne considérant que le milieu de résidence, onconstate que la durée de vie moyenne des citadins est plus élevée que celle des ruraux. Si cette différenceétait de l’ordre de 14 ans en 1962, aujourd’hui elle ne serait que d’environ six ans. Vivre à la campagne restedonc un facteur discriminant en terme de mortalité, ce qui traduirait un déphasage équivalent dans tous lesautres domaines. Ainsi, l'urbanisation et les conditions de vie qu'elle induit, constituent l’un des facteursessentiels qui favorisent la baisse de la mortalité en ville. Les conditions de vie meilleures (accès auxinfrastructures sanitaires, conditions d’habitation, scolarisation et alphabétisation plus poussées, etc.) quicaractérisent les villes constituent quelques facteurs qui peuvent faire la différence entre les deux milieuxde résidence en matière de mortalité sans oublier les inégalités socio-économiques et culturelles.11Ministère de la Santé. 2000. Causes et circonstances…Op.cit p : 15.12Les maladies diarrhéiques et gastro-entériques sont souvent causées par une mauvaise qualité de l’eau ; ceciconstitue en fait un indicateur qui reflète assez exactement le degré d’exposition aux agents pathogènesvéhiculés et l’absence de toilettes est une source de transmission de maladies et en même temps, un indicateurdu niveau de vie. (CERED.1989. Variables sociodémographiques au Maroc. Les interdépendances, P. 191.) -------------------------------------------------------------------------------- Page 24 24Figure 5 : Quotients de mortalité infantile par milieu de résidence entre 1977 et 2004 (en pour mille)2.2. LA FÉCONDITÉ A COMMENCÉ À BAISSER À PARTIR DES ANNÉES 1970A l’image de ce qui se passe dans les autres pays de l’Afrique du nord et particulièrement en Tunisie, enAlgérie et en Egypte, le comportement procréateur des femmes marocaines ne cesse de connaître destransformations remarquables. Les femmes marocaines qui se caractérisaient jadis par une féconditéélevée, ont de plus en plus acquis aujourd’hui un comportement favorable à une fécondité réduite. En effet,il y a plus d’une quarantaine d’années, le taux brut de natalité était de l’ordre 52 pour mille. L’indicesynthétique de fécondité pour sa part culminait à 7 enfants par femme. A cette époque le contextesocioculturel marocain était favorable à une forte fécondité. Les normes et coutumes partagées dans lasociété percevaient l’enfant, particulièrement du sexe masculin, comme une richesse et un investissementpour l’avenir de ses parents. Les femmes, dans leur majorité analphabète, se mariaient à des âges trèsprécoces (à 17 ans en moyenne). Plus de 50 % de la population vivait en état de pauvreté13. La proportiondes femmes qui utilisaient les moyens contraceptifs ne dépassait guère les 8 %. Les représentationsculturelles restreignaient le rôle de la femme aux activités reproductives et à l’éducation des enfants.L’exercice d’une activité économique en dehors de son foyer était réservé à une minorité. Cette situation de forte fécondité et par conséquent d’accroissement rapide de la population pesaitbeaucoup sur les différents secteurs économiques et sociaux. L’économie marocaine n’était pas en mesurede supporter les charges induites par les besoins d’une population en croissance rapide. C’est ainsi que ledécideur marocain était amené à tenter de maîtriser l’accroissement rapide de la population, conditionnécessaire pour le développement économique et social du pays. Cette question a été clairement posée etportée à l’attention du Gouvernement, des partis politiques et des organisations syndicales par leMémorandum Royal du 20 avril 1965. Dans ce Mémorandum, FEUE SA MAJESTE LE ROI HASSAN II, avaitsouligné l’importance que revêt la question démographique dans notre pays et ses conséquenceséconomiques et sociales, en incitant les responsables publics et associatifs à mener une politique depopulation visant à contenir l’accroissement de la population dans le cadre d’un programme global etintégré de développement. En 1966, FEUE SA MAJESTE signe la déclaration des chefs d'Etat sur la13L’enquête sur la consommation réalisée en 1959/1960 a permis d’estimer le taux de pauvreté relative à 55 %,le taux de pauvreté absolue à 44,2 % et le taux de pauvreté alimentaire (22 %). -------------------------------------------------------------------------------- Page 25 25population. Et c’est à partir de cette date que des décisions ont été prises permettant ainsi l’adoption d’unprogramme de planification familiale en abrogeant la loi interdisant la propagande anticonceptionnelle(Décret juillet 1967). Cette volonté politique a été également exprimée lors des plans de développementéconomique et social qui constituent les supports privilégiés des programmes en matière de population. Lesdifférents plans de développements menés au Maroc, particulièrement ceux des années 1960, 1970 et 1980,soulignent bien les préoccupations des autorités sur l’état des relations entre la croissance démographiqueet la croissance économique. C’est ainsi que le plan 1965-1967, plaide plus directement en faveur d’unepolitique de population à mener, dans le but de réduire la croissance démographique du pays dont lesrythmes risqueraient d’accabler la croissance économique. Le plan de développement 1968-1972 intègre unprogramme de planification familiale dont les objectifs étaient de fournir des informations et des servicescontraceptifs à toute la population. Le plan s’était fixé également comme objectif, la réduction du taux brutde natalité de 50‰ à 45‰. Celui de 1973-77 prévoyait la réduction du taux brut de natalité de 45‰ à 43‰.En 1974, la Conférence de Bucarest avait contribué à attirer l’attention des participants sur la nécessitéd’agir sur le contexte économique et social, pour susciter la transformation souhaitée des variablesdémographiques et les modifier dans un sens plus conforme aux impératifs du développement et au bien-être de la population. Dans ce sens, d’autres mesures indirectes mais particulièrement efficaces ont prisbonne place. Il s’agit principalement des programmes à vocation sociale et économique. Il s’agit de mettrel’accent particulièrement sur des variables comme la scolarisation notamment de la fille, l’encouragementdu travail de la femme. Ces deux variables, comme nous allons le voir, agissent directement sur lephénomène de fécondité.C’est ainsi que les premiers signes de baisse de la fécondité ont été détectés à la fin des années 1970 etau début des années 1980 avec la réalisation de l’Enquête Mondiale sur la Fécondité en 1979-80 qui apermis d’estimer l’indice synthétique de fécondité à 5,9 enfants par femme et le taux brut de natalité (TBN)à 39,9 pour mille. Ce fléchissement de la fécondité à cette époque et sa baisse accélérée, pendant lesannées 1980 et les années 1990, marque l’entrée définitive du Royaume dans sa deuxième phase detransition démographique, caractérisée par une baisse accélérée de la mortalité suivie de celle de lafécondité. Mais, ce déclenchement de la deuxième phase de la transition démographique ne s’est pas effectué à lamême époque dans les deux milieux de résidence (urbain et rural). Ainsi, si la réduction de ce phénomènechez les citadines s’est manifestée dès la fin des années 1970, chez les femmes rurales à cette époque, lafécondité se maintenait à un niveau très élevé et il faut attendre les années 1980 pour que les taux defécondité rurale fléchissent. Aujourd’hui encore l’indice synthétique de fécondité dans ce milieu se situeaux alentours de 3 enfants par femme et si la réduction de la fécondité y est désormais engagée, le milieuurbain se distingue déjà par un niveau relativement faible de sa fécondité. Le niveau de celle-ci chez lescitadines marocaines s’approche aujourd’hui des niveaux atteints dans les pays développés, alors que dansles zones rurales, la procréation se caractérise par un nombre moyen d’enfants par femme relativementélevé par rapport aux zones urbaines. Ce sont les inégalités entre systèmes socioculturels des villes et descampagnes, où les normes favorables à une fécondité élevée sont encore vivaces, qui sont à l’origine decette différence en matière de comportement procréateur. -------------------------------------------------------------------------------- Page 26 26Figure 6 : taux de natalité (en pour mille) de la population du MarocFigure 7 : Evolution du l’indice synthétique de fécondité par milieu de résidenceEn somme, le comportement procréateur des femmes marocaines d’aujourd’hui est nettement différent decelui de leurs mères. Les générations actuelles ont des manières d’agir et de penser vis-à-vis de leurcomportement procréateur nettement différentes de celles des générations anciennes. Ceci étant, peut-ondire dans ce cas qu’un nombre élevé d’enfants au sein de la famille ne constitue plus un objectif en soicomme par le passé ? L’enfant cesserait-il d’être un investissement pour l’avenir, du moins chez une frangeimportante de la population ? Diverses études ont montré que les représentations relatives à unedescendance nombreuse sont en train de changer en fonction des coûts de l’éducation des enfants qui necessent d’augmenter. Ceci à un moment où les flux intergénérationnels se modifient de plus en plus. Avecune diffusion plus large de l'école, le volume des transferts des parents vers leurs enfants s’accroît, tandisque ceux en provenance des enfants se font de plus en plus précaires. Une étude réalisée par le CERED(1996)14sur la perception par les parents des coûts et bénéfices des enfants au Maroc, a montré que le14CERED, (1996), " Perception par les parents des coûts et bénéfices des enfants ", in Famille au Maroc, lesréseaux de solidarité familiale Rabat, Maroc. -------------------------------------------------------------------------------- Page 27 27maintien de la fécondité rurale à des niveaux élevés trouve, entre autres, son origine dans les bénéfices quel'on peut attendre de la procréation (à court terme, le travail des enfants et, à long terme, la sécurité dansla vieillesse) et des coûts qu'elle engage (scolarisation, santé, logement, consommation alimentaire etvestimentaire des enfants). Alors que, dans les zones rurales les bénéfices semblent encore l'emporter,dans les villes par contre, les coûts tendent à prévaloir sur les bénéfices, donnée qui se répercute sur laprocréation en essayant de contenir la descendance à des niveaux relativement faibles.Par ailleurs, et parallèlement à la réduction de la fécondité, des changements économiques, sociaux etculturels ont été également observés durant les trois ou quatre dernières décennies. Ces mutations sont enétroite relation avec le comportement procréateur des femmes. Il s’agit particulièrement des mutationssurvenues aux niveaux de la nuptialité, de l’utilisation accrue des moyens contraceptifs, de l’entréeprogressive des femmes dans le circuit économique, de l’urbanisation accélérée, des changements desnormes et valeurs relatives à la variable fécondité, etc. Une nuptialité de plus en plus tardiveSur le plan de la nuptialité, la hausse de l’âge au premier mariage durant les quarante dernières annéesfigure parmi les changements les plus remarquables dans la société marocaine. Les femmes et les hommesse marient de plus en plus à des âges tardifs. C’est ainsi qu’en examinant l’évolution des proportions descélibataires à 20-24 ans pour les femmes et à 25-29 ans pour les hommes, on constate combien sontimportants les changements qui ont affecté la primo-nuptialité des deux sexes. Ces proportions ontsensiblement augmenté indiquant que les Marocaines et les Marocains, pour diverses raisons (scolarisationplus intense notamment chez les filles, entrée sur le marché du travail, aspiration à un autre style de vie,difficultés économiques, etc.), se marient d’une façon moins précoce que par le passé. Ces changementssont corroborés par l’évolution de l’âge moyen au premier mariage qui a enregistré pour sa part une hausseremarquable. A titre d’exemple, en 2004, les âges moyens au premier mariage atteignent des niveaux trèsélevés (31,2 ans pour les hommes et 26,3 ans pour les femmes). En 1960, ces âges ne dépassaient guère 17ans pour les femmes et 24 ans pour les hommes. Cette augmentation des âges moyens au premier mariageplace le Royaume dans une situation intermédiaire par rapport aux pays voisins tels que la Tunisie (qui secaractérise aujourd’hui par des âges au mariage un peu plus tardifs qu’au Maroc) et l’Algérie dont les âgesau premier mariage sont moins tardifs qu’au Maroc). Ainsi, si le recul de l’âge au mariage reflète leschangements profonds opérants dans la société marocaine, force est de constater également qu’il demeurel’un des facteurs ayant réduit sensiblement les niveaux de la fécondité au Maroc. L’augmentation de l’âgeau premier mariage a réduit de manière significative la durée potentielle d'exposition au risque deconception et donc du nombre total d'enfants que pourrait avoir une femme durant sa vie génésique. Selonle CERED (1989)15, A. Ajbilou (199116; 199517 ) et J. Duchêne et A. Ajbilou (1995)18les changementssurvenus dans l’institution du mariage, notamment l’entrée en première union, constituent le véritableresponsable du déclenchement de la baisse de la fécondité observée au Maroc depuis les années 1970. La15CERED (1989), Déterminants proches de la fécondité au Maroc, in variables socio-démographiques au Maroc : les interdépendances.16Ajbilou, A., (1991), "Relation entre Nuptialité et Fécondité au Maghreb", Thèse de 3ème cycle en démographie, présentéepubliquement à l'Institut de Démographie de l'Université Catholique de Louvain, Louvain-la-neuve, Belgique.17Ajbilou, A., (1995), "La transition de la fécondité : une analyse comparative entre les trois pays du Maghreb : Algérie, Maroc et18Tunisie" In Revue marocaine de droit et d'économie du développement, n°36, Casablanca, pp.111-125.Duchêne, J. et Ajbilou, A.,(1995), "Structures, Nuptialité et fécondité dans les déclins de natalité d'hier et d'aujourd'hui", In Transitions Démographiques etSociétés, Edité par D. Tabutin et al. Chaire Quételet 1992, Louvain-La-Neuve, Belgique, pp. 283-300. -------------------------------------------------------------------------------- Page 28 montée du célibat aux jeunes âges (15-29 ans) explique près des deux tiers de la baisse de la féconditéobservée durant les trois dernières décennies. Un recours de plus en plus large aux moyens contraceptifsSi l’âge au premier mariage constitue une variable clé du déclenchement de la baisse de la fécondité, soneffet diminue progressivement au profit de la diffusion progressive des moyens de limitation volontaire desnaissances. La politique de planification familiale mise en œuvre depuis 1966 a joué elle aussi un rôle nonnégligeable dans la réduction de la fécondité. Un rôle qui s’affirme d’autant plus que se produit unevalorisation progressive de l’image d’une famille réduite. Négligeable dans les années 1960, où seulement8% des femmes utilisaient une méthode contraceptive, la prévalence contraceptive dépasse aujourd’hui les60 %. Plus élevée en milieu urbain qu’en milieu rural, cette prévalence est largement déterminée par leniveau d’instruction des femmes. Ceci étant, la baisse ultérieure de la fécondité sera donc essentiellementtributaire de l’amélioration de l'intensité et de l'efficacité de la pratique contraceptive.Une amélioration du statut de la femmeLe recul de l'âge au mariage et l'utilisation accrue de la contraception, évoqués précédemment, ne sont pasindissociables de l’amélioration des conditions des femmes au Maroc. Cette amélioration est abordée ici àtravers l’évolution de deux variables principales. Il s’agit de l’alphabétisation des femmes et de leur entréesur le marché du travail. A travers leurs effets sur le recul de l'âge au premier mariage et le comportementdes couples au sein du mariage, ces deux variables ont, de toute évidence, constitué les éléments moteursde la transition de la fécondité dans notre pays. C’est ainsi que les quarante dernières années ont étémarquées par une amélioration non négligeable tant au niveau de la scolarisation notamment des fillesqu’au niveau de l’analphabétisme des femmes. Cette amélioration du capital scolaire des femmes au Maroca eu un impact sensible sur leur comportement procréateur. Cet impact différentiel qu'exerce l'instructionsur le niveau de fécondité ressort de façon évidente des différentes enquêtes réalisées au Maroc. L'indicesynthétique de fécondité varie selon le niveau d’instruction de la femme. Les femmes illettrées ont unnombre moyen d’enfants relativement élevé par rapport aux femmes ayant fréquenté l’école. Lascolarisation des femmes et particulièrement celle des filles favorise donc la baisse de la fécondité. Ellepermet de secouer les normes traditionnelles qui font de la femme un simple agent de reproduction. Laprolongation des études, jusqu’à un niveau relativement élevé, ouvre aux femmes de nouvelles perspectivesquant à leur autonomie et leur insertion professionnelle, engendrant ainsi un nouveau regard porté surl'enfant. La femme instruite peut ainsi adopter un comportement rationnel lui permettant de choisir entre laquantité (un nombre élevé d’enfants) et la « qualité » des enfants (des enfants bien instruits, bien nourris,bien habillés, bien soignés, etc.). Cette scolarisation qualifiée de «dot scolaire», va aussi peser dans leursstratégies matrimoniales, dans la mesure où la détention d'un diplôme inciterait les femmes à privilégierune stratégie individuelle de développement et à exercer une activité professionnelle, laquelle pourraitavoir une influence sur leur comportement procréateur. Par ailleurs, la participation de la femme à la vie économique ne manque pas d’enregistrer une avancéeremarquable depuis plus d’une vingtaine d’années particulièrement en milieu urbain. Les femmess’adonnent de plus en plus à une activité économique en dehors de leur foyer. Leur volonté grandissanted’atteindre une meilleure intégration sociale, le développement de l’économie de marché, le besoin de plus28 -------------------------------------------------------------------------------- Page 29 29en plus accru d’une main-d’œuvre féminine, en particulier dans le secteur tertiaire, la modernisation de lasociété et l’évolution des attitudes à l’égard de la participation de la femme à la vie active constituentautant de facteurs qui les inciteraient à s’extraire de la sphère familiale pour rejoindre les rangs de lapopulation active. Cette participation à la vie professionnelle rémunérée leur permet de sortir de l’espacefamilial traditionnel, d’aspirer à un nouveau mode de vie et de disposer dans leur entourage d’un pouvoir dedécision produisant de nouveaux rôles dans la famille. C’est ainsi que l’effet de l'activité féminine sur lafécondité a été largement démontré dans la littérature démographique. L'exercice d'une activitééconomique engendre un comportement favorable à une descendance réduite, notamment dans les zonesurbaines. Les femmes qui travaillent ont davantage d'occasions de contact avec le monde extérieur, et sontde ce fait mieux à même d'adopter des attitudes rationnelles par rapport à leur descendance et àl'espacement des naissances. En 1982 déjà, alors que la transition de la fécondité était encore timide,l'activité féminine s'est affirmée comme un critère discriminant majeur de la fécondité au Maroc. L'indicesynthétique de fécondité, de 6,06 pour les femmes inactives, déclinait à 3,60 pour les femmes quiexerçaient une activité économique. Cette différence est encore plus accentuée en milieu urbain, oùs'exercent les activités féminines les plus rémunérées et les plus qualifiées (5,01 enfants chez les femmesinactives, contre 2,4 chez les femmes actives). Ceci étant, l’évolution de l’instruction des femmes et leur participation accrue à la vie économiqueconstituent, entre autres, des variables clefs qui ont contribué à la baisse de la fécondité durant les deuxdernières décennies. Mais les mécanismes de cette contribution, affirme A. Ajbilou (1991)19passentprincipalement par l’intermédiaire de l’affaiblissement du modèle culturel traditionnel. Celui-ci, qui exercedes pressions sociales sur les membres de la société, pour un mariage précoce et universel et pour uneprocréation maximale au sein du mariage, se trouve ainsi altéré par l’expansion de l’enseignement, del’urbanisation, les conditions économiques, la participation de la femme à la vie économique, etc. L’effet deces variables socio-économiques sur le modèle culturel traditionnel est direct dans la mesure où il tend àfaire passer le comportement des individus d’un stade procréatif intense à un comportement restrictif àl’égard des naissances et d’un mariage précoce à un mariage tardif. C’est ainsi que des actions entreprisessur les facteurs socio-économiques qui créent un changement social et l’éducation par exemple « détruitl’esprit de corps de la famille, en particulier dans les groupes les plus soumis, notamment les enfants et lesfemmes»20ne peuvent qu’accélérer le processus de la transition démographique dans notre pays. 19Op. Cit.20Caldwell, J., (1979), " la scolarisation à grande échelle en tant que facteur principal déterminant le début d’un recul durablede la fécondité ", In Dynamique de la population : Fécondité et mortalité en Afrique, Nations Unies, CEA, 366-423. -------------------------------------------------------------------------------- Page 30 303. … et l’institution familiale : quels changements ?Si le Maroc ne cesse de connaître des transformations en matière des comportements procréateur etmatrimonial, ces transformations ne doivent pas être dissociées de l’ensemble des mutations que connaîtl’institution familiale en générale. En effet, la famille est aujourd’hui nettement différente de ce qu’elleétait autrefois, tant au niveau de sa composition qu’au niveau de son organisation. Ainsi dans le modèlecaricatural de la famille traditionnelle, celle-ci apparaît comme une configuration où les rôles sont fixes etimmuables. Ils se traduisent par une prescription de rôle pour tout un chacun au sein de la famille. Le pèredétient une prééminence de rôle. Il "est source de tout le pouvoir, c'est lui qui répartit les revenus et letravail, c'est la loi qui s'applique c'est-à-dire que sa volonté est la loi" (P. Pascon, 1980)21. Quant à la mèreet aux autres femmes de la famille, elles détiennent une emprise sur le pôle affectif. Au niveau de la fratrie,les rôles sont différemment prescrits selon les sexes, avec une prédominance de l’élément masculin. Celui-ci est considéré comme l'élément central pour l'existence et la continuité de la famille, car c'est lui quiportera et perpétuera son nom. La famille est dans ce cadre élargie. Sur le plan des rapports intra familiaux,c’est autour du patrimoine indivis que les interactions se construisent. Le fils aîné y puise sa situation deprivilégié. Et le non-morcellement du patrimoine semble garanti d’une part en raison de l’endogamiedominante et d’autre part par la coutume de déshériter les filles. Dans ce système qualifié de patriarcal,autoritaire, les attitudes face au mariage et à la procréation sont déterminées par le souci de protéger lesintérêts économiques et sociaux de la famille. Le mariage, "est plus que jamais l'instrument du groupedomestique, l'un des moyens privilégiés de conserver, raffermir les valeurs auxquelles il tient, […]. L'uned'entre elles, et non des moindres, est de fournir au groupe les enfants, particulièrement les garçons, quidans le contexte traditionnel, entretiennent et multiplient son être et son avoir. Aussi bien leur nombreinflue-t-il directement sur le statut du père et la stérilité est-elle un motif indiscuté de dislocation ducouple" écrit C. Camilleri (1973)22. C’est surtout à travers l’analyse des modes de production, que ce modèle figé est remis en question. Ainsi,si la famille reste imprégnée par le patriarcat, elle est de même décrite en fonction des effets de lacolonisation sur sa cohésion, également affirmée et réaffirmée comme trait caractéristique, du fait de sonappartenance au cadre traditionnel. Mais comme le souligne P. Pascon (1980), traditionnel ne suppose pascristallisé et situé hors des dynamiques politiques, économiques qui viennent modeler différemment lesrelations et rôles détenus par cette institution. Avec la colonisation, le salariat provoque l’un des effetsmajeurs de la destruction de cette cohésion familiale, entraînant ainsi un remodelage des rôles au sein dela famille. Les fils aspirent alors à un ailleurs, lorsque leur situation est précarisée et que leur participationéconomique ne vient pas consolider leur position tant familiale que sociale. Ce type d’aspiration s’exprimelors des interviews réalisées par Pascon dans la décennie qui suit l’accès à l’indépendance23. Maislorsqu’ils sont détenteurs de subsides, les rôles s’inversent, les fils prennent en charge les ascendants.21P. Pascon (1980), La formation de la société marocaine. Etudes rurales SMER 1980. p 189-212. p.197.22CAMILLERI, C. (1973), Jeunesse, famille et développement, Essai sur le changement socio-culturel dans unpays du Tiers-Monde: la Tunisie, CNRS, Paris.23" Ce que disent 296 jeunes ruraux " in Etudes sociologiques sur le Maroc p. 202-3BESM, Rabat 1971. -------------------------------------------------------------------------------- Page 31 31Le salariat semble également induire un effet de libération des femmes, par rapport au patriarcat, en cesens qu’il rend visible leur contribution économique. Cependant, lorsque ce n’est pas le cas, c’est-à-direlorsqu’elles restent maintenues dans leur contribution d’aides familiales, leur position, avec ces nouvellesdonnes, s’aggrave, du fait qu’il se produit une sorte de dévalorisation de leur participation économiquetraditionnelle. Le salariat, avec ses corollaires le chômage, l’exode rural, le mode de mobilité sociale,l’émergence de la scolarisation, les modèles incarnés par les détenteurs du capital, constituent autant defacteurs qui traduisent le bouleversement subi par la famille, tant sur le plan de ses pratiques que de sesnormes et valeurs et particulièrement celles relatives à la procréation et aux stratégies matrimoniales. Ceci étant, peut-on alors soutenir, face à l’émergence de l’individu, notamment en période post coloniale,que les relations familiales sont profondément remaniées ? Qu’en est-il de la cohabitation ascendants/filsmariés ? Qu’en est-il du «mariage alliance» ? Qu’en est-il des relations d’autorité au sein de la famille ? Pourrépondre à ces interrogations il convient de remettre en question le tableau qui fige la famille dans cestraits. Le développement des entreprises capitalistes initié par les politiques coloniales induit unetransformation indubitable des rapports sociaux24. Comme l’a souligné K. Polanyi (1983) «la maîtrise dusystème économique par le marché a des effets irrésistibles sur l’organisation toute entière de la société :elle signifie tout bonnement que la société est gérée en tant qu’auxiliaire du marché25» . Mais c’est selonle degré d’implication aux nouveaux modes de production que se produit une plus ou moins grandedésintégration de la cohésion familiale. Ainsi par exemple lorsque cette implication est moindre, la familledevient refuge (par exemple face au chômage). C’est ainsi que si, au niveau national, la cohabitationintergénérationnelle est moins fréquente que par le passé, elle demeure néanmoins relativement plusimportante en milieu rural qu’en milieu urbain. En effet, les familles où cohabitent trois générations et plusreprésentent 26,8% en milieu rural et 17,5% en milieu urbain selon l’Enquête Nationale sur la Familleréalisée en 1995. La persistance en milieu rural d’un poids relativement important de ce type de famillespeut trouver son origine dans le mode de vie dominant dans ces milieux. De même la pratique du azel(rupture de la cohabitation) peut être atténuée par une proximité spatiale. Les aspirations des parents parrapport à leurs enfants semblent traduire une sorte de désintérêt face à leur implication dans l’activitéfamiliale26. C’est ainsi que "la famille traditionnelle perd sa fonction de cellule de production au profitd'entreprises capitalistes qui généralisent le salariat pour certaines couches paysannes et artisanalesobligées de rejoindre les classes ouvrières. Le fait que la production économique sorte du cadre familialprovoque la prolétarisation des dépossédés tandis que l'exode rural et l'émigration vers l'Europe accentuentl'effet de déstructuration de la cellule familiale traditionnelle. Le patrimoine familial qui servait de supportmatériel à la paternité (filiation et alliance) et à la solidarité perd de son importance. Sur le plan culturel,le modèle familial hiérarchisé et patriarcal, élargi et autoritaire n'est plus la référence unique" (M. Kerrouet M.Kharoufi, 1994, p. 28). "Ni l'autoritarisme, ni les privilèges exorbitants accordés aux mâles et auxadultes ne sont plus acceptés sans murmure. [...] Double victime du progrès économique et des mutationsculturelles, elle [la famille] doit payer à la fois le coût du progrès social et le coût social du progrès" écritA. Bouhdiba (1990).24Confère El Khyari T.(1987.) Agriculture au Maroc. Editions Okad. 25K. Polanyi (1983), " La grande transformation " Edition Gallimard, p.88, cité par Al Harras, op.cit.26CERED 1997 Etat matrimonial et stratégies familiales. -------------------------------------------------------------------------------- Page 32 32Les transformations de la configuration familiale illustrent également l’impact du bouleversement sociétalproduit. «Il y a donc un affaiblissement du modèle culturel traditionnel et une émergence d’un mode de vieoù c’est le ménage et non plus la « famille élargie dont la base économique et financière s’est disloquéequi va être dorénavant le principal agent économique » précise A. Ajbilou (1998)27. Pour l’auteur, l’équilibreancien entre parents et enfants se trouve de plus en plus modifié et le caractère traditionnel du mariage,favorable à une intervention des parents tant au niveau du moment du mariage que du choix du conjoint deleurs enfants, devient progressivement affaibli. La procréation devient de plus en plus une décision quirelève du couple et non de la famille élargie. Par ailleurs, l’analyse des structures familiales au Maroc, sur la base des données statistiques existantesconfirme bien les différents changements avancés ci-dessus. Ainsi sur le plan de sa structure, il est à noterque le processus d’éclatement du cadre traditionnel a abouti en 1995 à une configuration des famillescomposées pour un tiers de familles complexes et pour les deux tiers (2/3) de familles nucléaires. Au seinde cette catégorie, c’est la famille complète qui prédomine (48,3% en 1995 contre 40,1% en 1982). Lesfamilles complexes voient leur proportion diminuer pour se situer, en 1995, à environ 36%. En outre, laproportion des ménages sans famille, qui viennent en troisième lieu, a diminué de moitié pour s’établir à4,1% en 1995 à raison de 3,9% pour les isolés et 0,2% pour les ménages à plusieurs personnes.Pour sa part, l'enquête qualitative menée en (1997) dans quatre sites de quatre provinces marocaines(Essaouira (la municipalité d'Essaouira), Fès-Médina (Aîn Bida), Ouarzazate (la commune rurale de Tazarine)et Kelaa Esraghna (Zemrane Charquia)), a révélé que dans les zones urbaines comme dans les zones rurales,les relations parents/enfants sont en train de perdre une de leurs caractéristiques essentielles, à savoirl'autorité des parents sur les enfants. Selon cette enquête, dans la zone d'El Attaoui comme à Tazarine, lesjeunes hommes essayent de choisir eux-mêmes leur partenaire et parfois même contre l'avis de leursparents. Plus encore dans la municipalité d'Essaouira, "les jeunes relèvent un changement des valeursjustifiant les choix de mariage. Car la fille qui a le plus de chance de se marier c'est celle qui sort le plus,celle qui travaille, celle dont la sympathie est débordante. [...] la réussite du mariage exige qu'il soit précédépar une période d'inter connaissance préalable d'une durée supérieure à une année" affirme cette enquête.Bien entendu, tous ces changements de comportements, d'attitudes, de manières d'agir et de penser, ne sefont pas sans conflits, sans contradic-tions, sans tensions au sein de la famille.Plusieurs facteurs ont donc contribué à l'affaiblissement du modèle culturel traditionnel au sein des familleset à l’affirmation de plus en plus de l’Individu dans la société. En plus du changement de la baseéconomique de la famille on peut citer "le choc de la modernité". L'exode rural dû à la dégradation desconditions de vie à la campagne et le recul de l'agriculture traditionnelle qui constitue la base économiquede l'organisation patriarcale, le développement du travail salarié, notamment chez les femmes, ledéveloppe-ment des communications sous toutes leurs formes, la circulation des personnes et desinformations, le développe-ment de la scolarisation (notamment celle des femmes), la diffusion et leséchanges d'idées à travers la radio, la télévision tout comme l'émergence de l'individu constituent autantde facteurs qui concourent à ces changements.27Ajbilou, A. (1998), Analyse de la variabilité spatio-temporelle de la primo-nuptialité au Maghreb(1970-1980), Ouvrage publiéchez ACADIMIA et L’Harmattan, 344 pages, L’auteur cite D. Mahfoud, 1990. -------------------------------------------------------------------------------- Page 33 33Ces mutations vécues par la famille marocaine trouvent leur concrétisation dans le comportement desindividus à travers leurs manières d’agir et de penser en matière de rapports de pouvoirs entre les membresde la famille, de procréation, de mariage, d’acquisition du savoir, du travail de la femme en dehors de sonfoyer, etc. Si ces manières d’agir et de penser au niveau individuel contribuent au changement des normeset coutumes de la famille et de la société tout entière, ils sont également interprétés comme étant uneréaction à des situations démographique, économique et sociale en changement. Comme l’écrit TH. Locoh(1986) « Les sociétés ont à résoudre les problèmes de leur survie, c’est-à-dire à trouver un équilibre(satisfaisant) entre leur évolution démographique et leur environnement. Leur activité cognitive etnormative, exprimée par un ensemble de concepts, de tabous, d’interdits et d’obligations, s’est toujoursappliquée de façon privilégiée aux processus de reproduction démographique. Les sélections successivesdes réponses les plus (adaptées) aux objectifs de la collectivité, compte tenu des contraintes del’environnement (physique ou humain), modifient plus ou moins rapidement les règles culturellementvalorisées qui elles-mêmes infléchissent (et sont influencées par) les comportements individuels » (p.221)28.Ainsi, l’une des réponses institutionnelles visibles, par rapport à cet ensemble de bouleversements quitouchent la dynamique familiale semble être illustrée par la promulgation du nouveau code de la famille en200329. Celui-ci tend à répondre aux multiples changements socio-économiques notamment quant à leurseffets sur la condition féminine. Déjà, les pressions sociales pour attribuer une reconnaissance dustatut/rôle de la femme et des rapports entre sexes, qui s’expriment selon d’autres normes que strictementpatriarcales, amènent les réformes de la Moudouwana de 1957, elle-même représentative de l’effort fournipour rompre avec des pratiques obsolètes, notamment envers les femmes. Les réformes apportées par laMoudouwana de 1993 tendaient pour leur part à une meilleure application des lois. Alors qu’en 2003, leCode de la famille repose sur un principe de base, celui de rendre justice à la femme, de consolider laprotection de l'enfant et de préserver la dignité de 1'homme. La responsabilité est désormais partagéeentre homme et femme au sein du foyer. Et ce pour reconnaître le rôle réellement assumé par les femmesdans leurs pratiques quotidiennes que ce soit en matière d’éducation aux enfants ou de participationéconomique à la gestion du ménage. En d’autres termes la femme n’est plus assujettie, au même titre queses enfants à la protection de l’homme. A l’inverse, elle partage son aptitude à la responsabilité. Son statutde mineure, notamment en matière de signature contractuelle de l’acte de mariage, disparaît avec celle del’habilitation du tuteur. Du même coup, le code de la famille reconnaît à la femme un statut de citoyenne,répondant en cela à la stipulation de l’article 6 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Cecisuppose une égalité en termes de droits et de devoirs. Le Code s’illustre également par la fixation égale del’âge au premier mariage (relevé de 15 à 18 ans pour les femmes). Cette réforme a également permis aumineur de 15 ans de choisir le parent en charge de sa garde, en cas de divorce. Dans ce cadre, l’épouseautant que le mari est habilitée à dissoudre les liens du mariage, sous contrôle judiciaire. De plus, lapolygamie est désormais soumise à des conditions très difficiles à réunir. Par ailleurs le code de la famille28TH. Locoh (1986), Transitions de la fécondité et changement de sociaux dans le Tiers Monde, In les changements ou lestransitions démographiques dans le monde contemporain en développement, Journées démographiques de l’ORSTOM, Paris23, 24, 25 septembre 19985.29Lors d’un colloque consacré à la famille dans le monde arabe il a été constaté que " l’intervention de l’Etat dans la sphèrefamiliale est relativement récente ( à partir des années 1920 dans certains pays et après la décolonisation dans d’autres).Cette intervention se traduit par des politiques sociales et démographiques, par des réformes juridiques et la codification dudroit musulman surtout dans le domaine du statut personnel. " D. Behnam. S Bouraoui. Coord.1986. " La famille arabe et lamodernité in Familles musulmanes et modernité. Le défi des traditions. Publisud, Paris. -------------------------------------------------------------------------------- Page 34 34a expurgé de son texte toute connotation terminologique qui assujettirait la femme à un statut dégradantpar rapport à l’homme. A ce propos, rappelons que dans l’acception précédente de la Moudouwana, sondroit à être prise en charge économiquement était notamment justifié par l’obligation de satisfaire à sesbesoins primaires (alimentation, soins de santé, habillement), dans l’unique but, clairement stipulé, derécompenser son obéissance. L’instauration des tribunaux de famille est appelée à faciliter les droitsindividuels et la cohésion au sein des familles.Le code de la famille tel que récemment promulgué, est ainsi appelé lui aussi à jouer un rôle régulateur pouragencer les avancées sociétales, parfaitement illustrées par les dynamiques familiales. -------------------------------------------------------------------------------- Page 35 354. Urbanisation et dynamique des villes au MarocL’accroissement de la population et du nombre de villes et centres urbains demeure sans doute parmi lesphénomènes qui ont marqué l’espace géographique marocain au cours de la seconde moitié du XXèmesiècle. Ce processus d’urbanisation connu par le Royaume est étroitement lié à l’évolution démographiquedepuis son indépendance. L’ampleur des mouvements migratoires de la campagne vers la ville, ajoutée àcelle de l’accroissement naturel assez fort de ces espaces, a engendré une poussée démographique urbainesans précédent avec des conséquences non négligeables particulièrement en matière de gestion urbaine. 4.1. DÉFINITION DE L’ESPACE URBAIN Dégager une définition claire et précise permettant de rendre compte des diverses dimensions quereprésente l’urbain d’une manière générale, est une tâche très délicate. En plus de la taille de sapopulation, l’urbain se caractérise également par sa situation géographique, sa morphologie, sonorganisation administrative et ses fonctions. Les critères utilisés pour distinguer les zones urbaines deszones rurales varient d’un pays à l’autre, entraînant ainsi un manque de consensus sur une définitionuniverselle du concept de l’urbain. Comme le précise les Nations Unies (1998) « les caractéristiques quidistinguent les zones urbaines des zones rurales varient selon les pays et il n'est pas encore possible deformuler de définition uniforme applicable à l'échelle internationale, ni même, dans la plupart des cas, àtous les pays de la région. S’il n’existe pas de recommandations régionales à ce sujet, les pays doiventétablir leur propre définition, d’après leurs propres besoins". Ceci étant, comment distingue-t-on l’urbain du rural au Maroc ? Jusqu’à nos jours les recensementsdemeurent le seul moyen pour apprécier le fait urbain dans notre pays. C’est ainsi que, est considéré commeurbain, en plus des localités définies administrativement en tant que telle, toute entité ayant satisfait descritères d’ordre quantitatifs (seuil minimum d’habitants) et qualitatifs (densité des équipements,prédominance des activités non agricole, etc.). L’existence d'un réseau d'électricité, d'un réseau d'eaupotable, d'un réseau d'évacuation des eaux usées par égouts ; d'un hôpital ou d'un dispensaire, d'un lycéeou d'un collège, d'un tribunal et enfin avoir une proportion de la population active non agricole supérieureà 50% sont parmi les équipements collectifs pris en considération, quand il s’agit de décider si telle ou tellelocalité est urbaine. 4.2. L’URBANISATION AU MAROC : QUEL CONSTAT DURANT LES QUARANTE DERNIÈRES ANNÉES ?Durant la première moitié du XXème siècle, le Maroc était caractérisé par une urbanisation relativementfaible. Mais la sécheresse et les impacts de la deuxième guerre mondiale ont eu des incidences importantessur les espaces ruraux. Cette situation a eu pour conséquence immédiate l’accentuation de l’exode rural quis’est amplifié au fil des années. Il a contribué à l’allégement de la charge démographique en milieu rural enprovoquant en même temps une augmentation sans précédent de la population des villes. Ainsi, le -------------------------------------------------------------------------------- Page 36 36mouvement migratoire du rural vers l’urbain est devenu l’un des principaux mécanismes de l’urbanisationau Maroc. Cette «attraction» exercée par les localités urbaines, en particulier par les grandesagglomérations dès le début de l’Indépendance, a conféré aux espaces urbains marocains une place dechoix dans l’accroissement global. Tableau 3. Evolution de la population urbaine et du taux d’urbanisation, Maroc (1900-2004)AnnéeEffectif de la population urbaineTaux d’urbanisation (en %)1900*420 00081936*1 450 00019,21952*2 650 000251960**3 389 61329,31971**5 401 97135,21982**8 730 39942,61994**13 414 56051,52004**16 463 63455,1Source: *R. ESCALLIER, Population et urbanisation in Le Maghreb Hommes et espaces. Page 151 ; **RGPH de 1960, 1971, 1982, 1994 et 2004.Au début du siècle, la population urbaine ne dépassait guère les 8% de la population totale. Le premierrecensement général de la population et de l’habitat, réalisé en 1960, estime le taux d’urbanisation àenviron 29 %, avant de connaître une augmentation significative l’amenant, lors du recensement réalisé en2004, à un niveau de l’ordre de 55,1 % (Tableau 3). Cette urbanisation est le résultat de quatre facteursprincipaux. Il s’agit de l’excédent des naissances sur les décès (accroissement naturel), de la migration desmilieux ruraux vers les milieux urbains (mouvement migratoire), de l’extension des périmètres urbains desvilles et de la promotion de centres ruraux au statut urbain. Ces facteurs ont contribué, à des degrés divers,à l’alimentation ininterrompue des villes moyennes et petites et accompagné la modernisation des espaceset la mise en valeur des potentialités régionales. On serait même tenté de dire que le mouvement migratoiredes campagnes vers les villes, est parfois le facteur qui a joué un rôle primordial dans cette urbanisation.Provoqué, entre autres, par les problèmes économiques rencontrés à la campagne, ce mouvementmigratoire est responsable de l’émergence des agglomérations de type nouveau entourant les grandes etles moyennes villes et ayant des comportements démographiques qui, en général, sont loin d’êtrecomparables à ceux des villes.En s’intéressant au fait urbain par région, on peut constater, à travers les données du RGPH de 2004, quel’urbanisation des différentes régions marocaines est loin d’être homogène. Plusieurs régions ont des tauxd’urbanisation relativement faibles alors que d’autres connaissent des taux très élevés. Ces taux varient,certes, de 24,2 % dans la région de Tadla Azilal, à près de 92 % dans les régions du Grand Casablanca etde Laayoune-Boujdour. Un citadin sur trois réside dans deux régions (Grand Casablanca et Rabat SaléZemour Saer) et huit régions seulement abritent près de 80 % de la population urbaine de l’ensemble dupays. Il s’agit du Grand Casablanca, de Rabat-Zemmour-Zaer, Souss massa Draa, de Tanger-Téouan, deMarrakech Tensift Al Houaz et de Meknès Tafilalt, de l’Oriental et de Fès Boulemane. Le poidsdémographique des citadins des autres régions varie entre 0,4 % et 4,7%. -------------------------------------------------------------------------------- Page 37 Tableau 4. Taux d’urbanisation et poids démographique de la population urbaine par régionRégionRégions 1994 2004Evolution Effectif deTaux% dansEffectif deTaux % dansdu tauxla populationd'urbanisationla pop la population d'urbanisationd'urbanisationurbaineurbaineurbaine(en %)OUED ED-DAHAB LAGOUIRA3512295,60,266183062,20,38-34,9LAAYOUNE-BOUJDOUR16480793,81,2323637892,31,44-1,6GUELMIM-ES-SEMARA21795456,51,6228678462,01,749,9SOUSS MASSA-DRAA89923934,16,70127096140,87,7219,6GHARB CHRARDA BENI-HSEN62395838,44,6578097142,04,749,4CHAOUIA-OUARDIGHA58911639,04,3972400143,74,4012,0MARRAKECH-TENSIFT AL HAOUZ94864034,87,06121671339,27,3912,6ORIENTAL97597855,27,27118335561,77,1911,8GRAND CASABLANCA295322494,421,99332553991,620,20-3,0RABAT-SALA-ZEMMOUR-ZAER156529078,811,66191932281,111,662,9DOUKKALA-ABDA61610634,44,5971399636,04,344,8TADLA-AZILAL44847833,93,3452902936,53,217,7MEKNES-TAFILALET96568250,77,19120248756,27,3010,7FES-BOULEMANE91705869,36,83113368472,16,893,9TAZA-AL HOCEIMA-TAOUNATE37104321,62,7643666324,22,6512,0TANGER-TETOUAN113796355,98,47144192158,48,764,4Ensemble du Maroc1342965851,5100,001646363455,1 100,006,9Sources : RGPH de 1994 et 2004.Par ailleurs, si le taux d’urbanisation à l’échelle nationale a augmenté durant la période intercensitaire(1994-2004) d’environ 7 %, c’est la région de Sous Massa Daraa qui a enregistré l’évolution la plus sensibleavec 19,6 %. Les régions situées, en particulier, loin de l’axe atlantique comme celle de Marrakech-TensiftAl Haouz, de Chaouia-Ouardigha, de Taza-Al Hoceima-Taounate, de l’Oriental, de Meknes-Tafilalet, deGuelmim-Es-semara, Gharb Chrarda Beni-Hsen et de Tadla-Azilal ont connu durant la période 1994-2004 unere-dynamisation urbaine non négligeable avec une évolution de leurs taux d’urbanisation variant d’environ8 % à 13 %.La région de Casablanca, longtemps le cœur dynamique de l’urbanisation, est en léger recul, en terme dedynamique d’accroissement urbaine, avec un poids démographique de sa population urbaine, qui demeure,prépondérant à l’échelle du pays.D’autres régions ont connu une baisse de leur taux d’urbanisation. Il s’agit de Oued Ed-Dahab-Laguira et deLaayoune-Boujdour. Mais la baisse la plus importante a été enregistrée dans la région de Oued Ed-DahabLaguira. Son taux d’urbanisation est passé de 95,6 % en 1994 à 62,2 % en 2004. Cette régression se faitparallèlement à une augmentation de sa population rurale qui a augmenté de 36,9 % par année durant ladernière période intercensitaire.37 -------------------------------------------------------------------------------- Page 38 38Cette urbanisation massive que connaît le Royaume tant au niveau national que régional souligne bien lestransformations profondes de toute la société, et ses effets sur le fonctionnement spatial du pays. Elleexprime également l’ampleur des défis auxquels le Maroc a dû et doit encore faire face, en termes demaîtrise de cette explosion urbaine et d’accompagnement des besoins qu’elle engendre, surtout dans lecontexte économique et social d’un pays en développement, modestement pourvu en ressources comme lenôtre. Notre pays, est appelé à déployer des efforts supplémentaires, non seulement pour résorber lesdéficits quantitatifs accumulés dans les divers domaines (infrastructures, équipements collectifs, habitat,etc.), mais aussi pour atténuer les déficits d’ordre qualitatif, en vue d’améliorer les conditions de vie despopulations urbaines (renouvellement et meilleure répartition spatiale des équipements, des infrastructureset de l’habitat, résorption des déficits en matière de gestion de l’environnement, etc.).Les défis sont d’autant plus grands que c’est dans les villes que se jouerait le sort du développementéconomique du pays. En effet, l’agriculture qui ne représente en moyenne que 17% du PIB, occupe encoreprès de 40% de la population active du pays. L’évolution du Maroc d’un pays encore rural vers un paysvéritablement agricole, compte tenu de ses potentialités dans ce domaine, passe inéluctablement par uneamélioration de la productivité de son secteur agricole.Cependant, si malgré les divers déficits qui y sont enregistrés, le milieu urbain offre, somme toute, desopportunités de promotion économique et sociale, relativement meilleures qu’en milieu rural, il n’endemeure pas moins que l’exode rural, dans le contexte économique actuel, compromet encore plus lacompétitivité économique de nos villes. Or, face aux risques inhérents à la globalisation, l’efficacitéqu’auront les villes à attirer l’investissement et à générer le développement économique et social du paystout entier est largement tributaire de la qualité de l’environnement économique et social urbain.Aussi, faut-t-il le rappeler, la ville a des effets immédiats sur les comportements démographiques despopulations. Pour les immigrants, hommes ou femmes, la ville est un vecteur de transformation puissant quipourrait accélérer la transition démographique. Le mode de vie urbain favorise la recherche d’une familleaux dimensions restreintes par la remise en questions des traditions relatives au mariage précoce et lerecours accru aux moyens contraceptifs. De même l’exiguïté de l’espace et les contraintes inhérentes aulogement, loué ou acheté, qui relève du secteur marchand, imposent désormais la limitation de ladescendance, même si cette limitation ne faisait pas partie des convictions initiales du couple.4.3. STRATIFICATION ET RÉPARTITION SPATIALE DES VILLES AU MAROC4.3.1. VILLES ET LEUR CROISSANCEPour mieux apprécier l’importance de la dynamique de la population urbaine selon la taille des villes, celles-ci ont été regroupées selon les classes suivantes :les villes ayant une taille supérieure ou égale à 100 000 habitants. Ces localités sont qualifiées deGrandes Villes ; -------------------------------------------------------------------------------- Page 39 les villes dont la taille est comprise entre 50 000 et 100 000 habitants. Ces villes sont considérées commemoyennes ;les villes qui ont une taille de population inférieure à 50 000 habitants. Elles sont qualifiées de petites. En considérant ces différentes classes et en examinant l’évolution du nombre de villes selon leur tailledurant les quarante dernières années on constate que l’armature urbaine marocaine, a connu beaucoup dechangements tant de point de vue de la croissance continue du nombre de villes que des variations dans leclassement de ces villes selon leur taille. Il se dégage ainsi de cet examen le renforcement du poidsdémographique des grandes villes et la multiplication des villes moyennes et petites. En effet, au début dusiècle, le Maroc ne comptait qu’une seule grande ville de plus de 100 000 habitants. Les villes moyennesétaient très rares et l’armature urbaine était dominée par les villes de tailles inférieures. Cependant, en1960, le Maroc comptait 112 villes, dont 8 de plus de 100 000 habitants ; 15 villes de strate intermédiaireet 8 villes sur 10 avaient une taille qui ne dépassait pas 20 000 personnes.Dix ans plus tard, le nombre de villes s’élevait à 174. Les plus grandes ont connu une augmentationmodeste, passant de 8 à 11 et les villes moyennes, quoi qu’ayant doublé, restent peu nombreuses. Enrevanche, les villes de strate inférieure ont connu une augmentation très importante (de 101 à 157).Cependant, cette évolution en nombre de petites villes, n'a pas remis, fondamentalement, en cause le poidsdémographique des grandes villes. Celui-ci est passé de 64,6% en 1960 à 70,8% en 1971 (tableau 6).Tableau 5. Evolution du nombre de villes et de centres urbains selon la taille Maroc 1960-2004Taille des villes Nombre de villesPourcentage (%)en nombre d’habitants19601971 1982 199420041960 197119821994 2004100 000 et plus 8111421267,16,35,86,77,450 000 à 100 000 361224282,73,45,07,68,020 000 à 50 000 121933426010,710,913,813,417,0Moins de 20 000 8913818122723879,579,375,472,367,6Moins de 50 000 10115721426929890,290,289,285,784,7Total 112174240314352100,0 100,0100,0100,0 100,0Sources : RGPH (1960,1971, 1982, 1994 et 2004).Le recensement, réalisé en 1982, a confirmé le renforcement de la trame des grandes villes par d’autrestelles que, celle de Mohammedia, ville satellite de Casablanca ou encore celle de Khouribga qui a contribuéà la structuration de la trame urbaine du plateau des phosphates. L’augmentation du nombre des grandesvilles apparaît, cependant, singulièrement modeste (11 à 14 villes), tandis que leur poids démographique abaissé de trois points et demi en faveur des villes de strate intermédiaire. Le nombre de villes de 50 000 à100000 habitants a doublé (de 6 en 1971 à 12 en 1982) avec au moins cinq, d’entre elles, qui s’approchentde la taille d’une métropole régionale. Cette strate de villes a un rôle important dans l’organisation de sonespace rural, comme éléments essentiels pour la croissance économique, le développement régional etsurtout comme mécanisme d’atténuation de l’exode rural. On note enfin l’augmentation appréciable desvilles de 20 000 à 50 000 habitants et notamment celle de moins de 20 000 habitants. Leur nombre passerespectivement de 19 à 33 et de 138 à 181. 39 -------------------------------------------------------------------------------- Page 40 40Mais douze ans plus tard, malgré l’augmentation importante des villes de strate intermédiaire et inférieure,le poids démographique des grandes villes n’a pas diminué. Le passage de 7 villes moyennes au rang desgrandes villes a permis à la strate de ces dernières de garder un poids démographique de l’ordre de 66,3 %.Aujourd’hui, l’espace urbain marocain est composé de 352 villes. Les 2/ 3, d’entre elles, ont une tailleinférieure à 20 000 habitants et regroupent seulement 10 % de la population urbaine. Les grandes villes auMaroc, occupent une place de choix dans la dynamique urbaine du pays. Avec un nombre de 26 (7 % del’ensemble des villes et centres urbains), ce type de villes abrite 67 % de l’ensemble de la populationurbaine (2 citadins sur 3). Les villes moyennes représentent 8 % de l’ensemble des villes et abritent, quantà elles, 12 % de la population urbaine. Celles de moins de 50 000 habitants abritent pour sa part 22 % dela population citadine. Il ressort de cette analyse que la multiplication des centres urbains est une réalité qui se confirme auMaroc. Cette multiplication de ces localités urbaines vient renforcer la concentration du phénomèned’urbanisation, déjà relativement élevée, particulièrement sur l’axe atlantique. Mais cette suprématie del’axe atlantique n’a pas empêché l’éclosion de nouveaux petits centres urbains sur tout l’espace urbainnational qui pourrait avoir, de part leurs multiples fonctions, un rôle important à jouer dans la cadre de lapolitique de déconcentration et de décentralisation menée par le Royaume depuis les années 1960.Tableau 6. Poids démographique des villes et leur taux d’accroissement globalTaille des villes Poids démographique (%)Taux d’accroissement annuel (%)en nombre d’habitants196019711982199420041960-82 1982-94 1994-2004100 000 et plus 64,670,867,266,366,74,63,52,150 000 à 100 000 7,15,711,212,211,86,54,41,720 000 à 50 000 11,510,711,19,911,34,22,73,4Moins de 20 000 16,812,810,511,610,32,24,50,8Moins de 50 000 28,223,521,621,521,53,13,62,1Total urbain100,0100,0100,0100,0100,04,43,72,1Sources : RGPH (1960,1971, 1982, 1994 et 2004).4.3.2. UNE DISTRIBUTION SPATIALE INÉGALE DES VILLESLa population urbaine marocaine se concentre dans les grandes et les villes moyennes (de plus de 50 000habitants). Cette catégorie de villes représente, aujourd’hui, 15 % de l’ensemble des localités urbainesmarocaines. Elles abritent, à elles seules, près de 8 citadins sur 10. C’est une concentration qui se faitparticulièrement dans la chaîne urbaine atlantique qui regroupe 14 villes dont une agglomération depresque 3 millions habitants qui est celle de Casablanca ; trois villes d’un peu plus de 500 0000 habitants(Rabat, Salé et de Tanger) et enfin 9 villes d’un peu plus de 100 000 habitants. Ces dernières sontMohammedia, Kenitra, Témara, Safi, Agadir, Laayoune, El Jadida, Settat et Larache. Par leur dynamismedémographique, leur importance économique et sociale, leur fonction centrale au sein du système urbainnational, ces villes constituent incontestablement un des pôles d’attraction. Par ailleurs, il faut souligner que les deux grandes villes de Casablanca et de Rabat, qui, auparavant,attiraient des contingents importants de migrants ruraux, semblent devenir des villes saturées puisque, -------------------------------------------------------------------------------- Page 41 41toutes les deux affichent des taux d’accroissement global très faibles (0,8 % pour Casablanca et 0,1 % pourRabat). Elles doivent leurs croissances au seul mouvement naturel. La saturation de Rabat se fait au profitde Salé et de Témara, ville satellites de Rabat qui enregistrent, par contre, des taux d’accroissement élevés(2,7 % pour la première et 5,6% pour la deuxième). Naoucer, Berchid, Mediouna, Benslimane sont, quant àelles, des villes qui entourent l’agglomération de Casablanca et qui pourraient être à l’origine de cetessoufflement de son attraction migratoire. Leurs taux d’accroissement de la population sont relativementélevés variant de 2,3 % à Ben Slimane, à 5,7 % à Berchid. L'autre groupement relativement récent est celui mené par les deux villes de Beni Mellal et de Khouribgaet qui présente une trame urbaine relativement serrée. Les transformations socio-économiques etculturelles que connaît cet espace grâce à l’extraction du phosphate et la modernisation relative du secteuragricole en particulier dans la région de Béni Mellal, où les conditions climatiques sont relativementfavorables, sont autant d'éléments pour comprendre cette situation. Dans les plaines et les plateaux entre la région de la Chaouia jusqu’aux limites du pays de Souss, la trameurbaine est moins serrée. A l’exception de la ville de Safi, de Marrakech et d’Essaouira, l'armature urbainede ces espaces est constituée essentiellement de petits centres (Sidi Bennour, Chemmaia, Sidi Ahmed,Tlata Hanchane, Azemmour, Tmanar, Oulad Frej, Bir Jdid, Zemmamra, Sidi Mokhtar, Ras El Ain, etc.). Quant à Marrakech, elle présente une situation relativement exceptionnelle dans son environnementgéographique. Seule grande ville de la région capable de polariser son espace limitrophe, grâce à son poidshistorique et économique et aux conditions physiques, elle n'a laissé se développer aucune grande ville àsa proximité. Elle laisse développer plutôt des villes moyennes telles que, EL Kalaâ Sraghna, Ben Guerir,Essaouira, Al Houaz. Le Souss fait exception dans la région du Sud, car il est caractérisé par une forte densité ruraleaccompagnée d’une urbanisation accélérée. Au-delà de l’extension du périmètre irrigué et du









