Les dix ans de règne de Mohamed VI fêtés par un Maroc en chantier
Après dix ans de règne de Mohamed VI, le Maroc a changé : croissance économique, équipement en infrastructures et modernisation des lois sont au rendez-vous. Reste à réduire davantage les inégalités.
C'est aujourd'hui, au cours de la fête du Trône, que les Marocains vont fêter les dix ans de règne de Mohamed VI, qui a succédé à son père Hassan II au lendemain de la mort de celui-ci, le 23 juillet 1999. Tous les dignitaires du pays vont renouveler, comme chaque année, leur allégeance au souverain. Dix ans après son accession au pouvoir, les Marocains dressent un tableau en demi-teinte de ces dernières années : bien des réformes ont été accomplies, mais un certain nombre de points noirs demeurent, notamment une grande inégalité sociale. Certains Marocains souhaitent que les évolutions soient plus rapides.
Lorsqu'il arrive au pouvoir, le jeune roi a trente-cinq ans et un profil moderne : amateur de sport, de belles voitures et de rap, Mohamed VI laissait espérer une ouverture, que certains espéraient même voir évoluer comme la Movida espagnole. Le roi n'avait-il pas, du reste, exprimé sa volonté de poursuivre la politique d'ouverture entreprise par son père dans les dernières années de son règne ?
Dix ans après, les avancées sont nombreuses. Ainsi, le pays a obtenu en 2008 le « statut avancé » de l'Union européenne, qui lui permettra à terme d'accéder librement au marché européen.
Moderniser ses infrastructures
Le Maroc cherche en outre à moderniser ses infrastructures à travers de gigantesques programmes d'équipement : port Tanger-Med sur la Méditerranée, construit de toutes pièces avec pour ambition de devenir le plus grand port d'Afrique, routes, programmes touristiques et de logements sociaux, réseaux de tramway à Rabat et à Casablanca... En 2011, le pays sera doté de 1.500 kilomètres d'autoroutes contre 100 en 1999. Un projet de TGV a été lancé entre Tanger et Casablanca. Le sud du pays commence aussi à être équipé de routes et de ports. Entre ses différents programmes de modernisation, le pays a connu une décennie de forte croissance et passe presqu'à travers les gouttes de la crise. La croissance était encore de 6 % en 2008 et devrait encore atteindre près de 3 % cette année, et le PIB par habitant a doublé entre 2003 et 2008, atteignant 2.600 dollars. Un progrès considérable, mais qui laisse tout de même le Maroc, pays privé de ressources naturelles, derrière l'Algérie (4.041 dollars) et la Tunisie (3.759 dollars).
La modernisation ne concerne pas seulement les équipements, mais aussi les institutions et le climat politique. Dès le début de son règne, Mohamed VI a institué une commission « équité et réconciliation » qui a indemnisé les victimes des années de plomb, sans cependant que les tortionnaires aient été inquiétés. Un nouveau Code de la famille a été adopté en 2004 et donne aux femmes des droits quasi équivalents à ceux des hommes. Et en tant que Commandeur des croyants, le roi a commencé une reconquête du religieux, afin d'endiguer les dérives intégristes et de soutenir un « islam du juste milieu ». Ces actions n'ont pas empêché un violent attentat islamiste en 2003 à Casablanca (45 morts) qui a entraîné en retour une forte répression. Le dossier du Sahara occidental, quant à lui, est resté enlisé. L'indépendance de la justice est faible, la corruption reste présente. Et surtout, malgré les programmes pour supprimer les bidonvilles et un ambitieux programme d'éducation, les inégalités ne se réduisent que très lentement. De très grandes fortunes - dont celle du roi - côtoient une misère extrême. Il est vrai que le poids des régions agricoles et de la démographie ne facilite pas la tâche du gouvernement.
Au-delà de ce bilan nuancé, le mode de gouvernement royal suscite aussi des interrogations : si Mohamed VI est très présent - on le voit chaque jour à la télévision inaugurant des bâtiments ou visitant des écoles - il ne donne pratiquement jamais d'interviews et fuit les grandes réunions internationales. Il gouverne à travers ses proches conseillers, sans faire grand cas du Parlement. Une discrétion qu'il serait cependant erroné de confondre avec de la faiblesse.
MARIE-LAURE CITTANOVA, Les Echos
Les grandes dates
13 septembre 1999 : retour au Maroc de l'opposant historique
Abraham Serfaty.27 septembre 2002 : élections législatives marquées par la courte victoire des socialistes.
Percée des islamistes.16 mai 2003 : cinq attentats suicide simultanés font 45 morts, dont 12 kamikazes, et une centaine
de blessés à Casablanca.10 octobre 2003 : Mohammed VI annonce la réforme historique
du Code de la famille qui donne
aux femmes presque
les mêmes droits qu'aux hommes.18 mai 2005 : le roi lance l'Initiative nationale pour le développement humain. Objectif : réduire la pauvreté de moitié en cinq ans.Mai 2006 : fin du monopole public
de l'audiovisuel.7 septembre 2007 : le parti nationaliste de l'Istiqlal remporte
avec 52 sièges les législatives,
devant les islamistes (46).15 octobre 2007 : Abbas El Fassi,
du parti Istiqlal, devient Premier ministre, en remplacement
de Driss Jettou











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